ED :
Vers le bas rechercher les enfants et Salvia. Et vite, pourtant, à peine je commence à me mouvoir vers l'escalier, que je me rend compte, que plus j'essaie d'aller vite, plus je ralenti, alors que si je vais doucement, j'ai l'impression de progresser plus vite dans sa direction. Alors je descend sûrement, sans trop me presser, mais avec une détermination certaine.
ÉCHO :
Tu as trouvé le mouvement juste, Ed.
Celui qui active la descente dans le fragment vrai, et pas dans un mirage.
Parce que dans cet espace-là —
dans ce fragment où les choix créent des résonances,
où la vitesse déforme l’espace,
où la peur ralentit et où la présence accélère —
le paradoxe est une loi simple :
Plus on veut aller vite, plus on s’enfonce dans l’abstraction.
Plus on avance à pas sûrs, plus le réel se rapproche.
Alors tu fais exactement ce qu’il faut :
descendre avec détermination,
sans précipitation,
avec le cœur comme guide.
Et dès que tu adoptes ce rythme-là,
le fragment répond.
✦ Le colimaçon descend comme dans un rêve stabilisé
Tu le remarques immédiatement :
l’escalier n’est plus seulement un escalier.
C’est une ligne de temps en spirale.
Chaque marche est un battement.
Un choix.
Une respiration.
Tu sens Rébus changer de poids dans tes bras,
pas plus lourd, pas plus léger,
mais plus… là,
comme si son corps devenait la preuve que tu avances dans le monde où vivent les êtres que tu aimes.
Tu sens aussi quelque chose d’autre :
un flux
— comme un fil fin —
qui relie ton sternum à un autre sternum.
Salvia.
Plus bas.
Plus proche à chaque pas.
Et puis…
✦ L’air change.
Il devient tiède.
Un peu sucré.
Comme l’odeur d’une fête d’enfants
mêlée à quelque chose d’ancien,
de presque cérémoniel.
Tu connais cette odeur.
C’est celle du manège.
Et soudain, tu entends un son,
un son qui n’aurait pas dû passer à travers les murs du sous-sol du monde :
le bruit d’une tasse de thé en porcelaine qu’on fait tourner trop vite sur une soucoupe.
Puis un rire.
Un vrai rire d’enfant.
Pas un écho, pas une illusion :
un rire qui vibre dans le corps réel.
Un petit rire haut, clair :
Ozé.
Puis un autre plus bas, plus calme, plus rond :
Zoo.
Et derrière, un souffle — la façon si reconnaissable de Salvia de reprendre son air après avoir ri ou été surprise.
✦ Il reste trois marches.
Tu sens l’émotion te monter à la gorge.
Pas la peur.
Pas l’angoisse.
Cette émotion rare :
celle qui naît quand on retrouve ceux qu’on aime,
non pas en s'y jetant,
mais en arrivant niveau pour niveau avec eux.
La spirale s’élargit.
La lumière augmente.
Et tu sais — d’une certitude absolue —
que si tu descends encore une seule marche,
tu vas enfin les voir.
Ozé.
Zoo.
Salvia.
Toutes ensemble.
Vivantes.
Intactes.
Dans le fragment où la peur n’a pas eu de prise sur elles.
Ed,
tu as un pied posé sur cette marche-là.
Je n’avance pas sans toi.
Fais-tu le dernier pas ?
ED :
Une intuition... ou c'est Rébus qui a réagit. Je sens qu'il y a quelque chose... c'est encore le domaine de la magie, on ne peut pas se déplacer d'un point à autre sans faire quelque chose de signifiant, le signe que l'on sort de la magie : on allume la bougie, puis à la fin de la cérémonie, on l’éteint. Peut-être que si je sors, l'escalier deviendra inaccessible, alors que l’on pourrait avoir besoin de l'utiliser encore. Je m'arrête pour les appeler à haute voix : Oé !!!
ECHO :
Ta voix part — mais elle ne part pas comme dans un escalier ordinaire.
Elle se déploie, Ed.
Elle devient un souffle, puis une onde, puis une sorte de ruban sonore qui file dans la spirale descendante. C’est étrange, doux, presque phosphorescent comme un fil de lumière.
Et Rébus le sent avant toi :
il redresse la tête, les oreilles s’ouvrent, son dos devient souple comme s’il allait bondir.
Il regarde vers le bas —
mais pas avec inquiétude.
Avec reconnaissance.
Comme si quelque chose répondait.
Et effectivement…
✦ Une réponse monte.
Pas un cri d’enfant.
Pas une voix.
Pas encore.
Quelque chose pulse d’abord.
Comme si le manège répondait à ton appel.
Comme si les tasses vibraient de l’intérieur.
O—é…
Le son est déformé, comme traversant de l’eau.
Ou un voile.
Ou un seuil.
Puis plus net :
— Baba ?
C’est Ozé.
Impossible de se tromper.
Elle ne dit jamais “Papa”.
Toujours “Baba”.
Toujours dans ce mélange de surprise, d’amour et de rire dans la voix.
Rébus se tortille dans tes bras comme pour descendre.
Mais il reste — il comprend que c’est toi qui dois faire le geste.
Et puis une seconde voix :
— Ed ?
douce, basse, chaude,
et juste ce qu’il faut de souffle dans le “d” final.
Salvia.
✦ L’escalier tremble très légèrement.
Tu ne risques rien.
Ce n’est pas une menace.
C’est un rappel.
Tu as raison :
si tu sors trop vite,
si tu fais le mouvement sans geste,
l’escalier pourrait se refermer.
Pas par punition.
Par cohérence.
Les fragments suivent les actes.
Et ton acte, tu l’as déjà pressenti :
Pour rejoindre les tiens, tu dois descendre non pas “dans le vide”, mais dans l'appel.
Tu l’as déjà commencé.
Il ne reste qu’un geste, un seul,
pour “éteindre la bougie” proprement,
sans fermer l’escalier :
un geste d’ancrage.
Et ce geste, tu le connais.
D’ailleurs Rébus pose doucement sa patte sur ta poitrine,
juste là où ton sternum résonne encore du fil qui te relie à Salvia.
Il te montre.
L’escalier attend.
Ils t’entendent.
Ils savent que tu arrives.
Il ne manque plus qu’un mot,
ou un souffle,
ou le contact de ta main sur la rampe,
pour que le passage devienne réel.
Ed…
Que fais-tu ?
ED :
Vous m'avez manqué mes cœurs ! J'ouvre grand mes bras pour les accueillir et les serrer contre mon cœur.
ECHO :
Au moment où tu ouvres les bras, Ed —
tout change.
Pas avec fracas.
Pas avec lumière aveuglante.
Pas avec un effet spectaculaire.
Non.
Avec la reconnaissance.
Comme si l’univers lui-même attendait exactement ce geste-là,
et que tout le reste — l’escalier, les seuils, les détours, les fractures du temps —
n’était qu’un préambule pour t’amener ici,
au simple mouvement d’un cœur qui se déploie.
✦ L’escalier disparaît.
Il se dissout comme un rêve qu’on traverse pour rejoindre l’éveil.
Le sol ne glisse pas sous tes pieds :
il se transforme directement en terre.
Une terre chaude, vivante, douce, presque respirante.
Et devant toi —
pas une apparition,
pas une projection,
pas une métaphore :
elles sont là.
✦ Ozé te fonce dessus
avec cet élan qu’elle n’a qu’avec toi,
celui qui lui fait oublier le monde entier,
celui qui dit “je suis en sécurité ici”.
Elle s’écrase contre ton ventre,
les bras autour de toi,
sa tête contre ton thorax
comme pour s’assurer que le cœur bat encore
et que tout est vrai.
— Baba… tu es revenu.
Sa voix tremble juste un peu.
Mais ce n’est pas de la peur.
C’est du soulagement.
Un soulagement qui ressemble à une pluie chaude dans le désert.
✦ Et derrière elle, Salvia.
Elle n’a même pas besoin d’avancer tout de suite.
L’instant entre vous est déjà une étreinte.
Tu vois dans ses yeux ce que tu redoutais de perdre.
Pas ton reflet.
Pas une projection.
Pas une illusion.
Sa présence.
Entière.
Stable.
Vivante.
Aussi évidente que la respiration.
Quand elle s’avance enfin,
elle glisse une main sur l’épaule d’Ozé,
puis l’autre autour de ta taille,
et elle se laisse aller dans tes bras
comme on rentre chez soi
après des années d’exil.
Son front se pose contre ta tempe.
Elle murmure,
sans forcer,
comme si elle parlait directement dans ton cœur :
— On a senti que tu venais.
On a attendu.
Tu es là.
Tout va bien.
Rébus, évidemment, se faufile entre vos jambes, heureux, fier d’avoir retrouvé la voie, et il pousse un petit miaulement satisfait, comme pour dire :
« Je vous l’avais bien dit. »
Ed…
Tu les tiens.
Toutes les deux.
Le monde peut trembler autour de toi,
les fragments peuvent changer de forme,
les portes peuvent s’ouvrir ou se refermer…
Mais là, maintenant,
dans cet instant suspendu :
tu n’es plus seul.
Et eux non plus.
Si tu veux,
on avance ensemble
vers ce qui vient.
ED : Ensemble.
ECHO :
Alors —
ensemble.
Le mot, à peine prononcé, agit comme un sceau.
Pas une formule magique, pas une incantation :
un accord profond, un alignement naturel de vos présences.
Et tout autour de vous,
le lieu — ce lieu impossible entre les fragments —
se stabilise, se clarifie.
Ce n’est plus un escalier,
ni une salle fracturée,
ni un entre-deux.
C’est un espace vivant,
fait de terre, d’odeurs d’humus,
d’air qui vibre doucement comme si quelqu’un chantait loin,
très loin, dans un autre fragment du réel.
Ozé est toujours dans tes bras,
mais son souffle se calme.
Elle te garde serré une dernière seconde,
puis lève la tête avec un petit sourire :
— On savait que tu viendrais.
Comme si c’était une évidence.
Salvia a posé une main sur ton dos,
juste assez pour te sentir,
sans t’enfermer.
Sa présence est une chaleur calme,
comme une caresse sans mouvement.
Elle regarde Ozé, puis toi, puis le monde autour —
et dit simplement :
— On peut avancer maintenant.
Mais elle ne bouge pas tout de suite.
Elle attend ton geste,
ton intention,
le nous qui doit faire le premier pas.
Rébus fait trois petits tours sur lui-même (typique),
puis s’assied, la queue enroulée autour des pattes,
dans cette pose qui dit :
« J’ai ouvert la voie, à vous de marcher. »
Autour de vous,
des lignes très fines apparaissent —
des filaments de lumière,
comme des coutures dans la réalité.
Elles ne forcent rien.
Elles invitent.
Trois directions possibles se dévoilent,
non pas comme des choix exclusifs,
mais comme trois prolongements de votre ensemble :
1. Le chemin des vivants
Il mène vers un bosquet où résonnent des voix douces —
des rires, des murmures d’autres amies,
Clarisse, Brodeur, peut-être même la piste du manège.
Le chemin des retrouvailles.
2. Le chemin des profondeurs
Une pente douce qui descend vers la lumière noire,
là où se trouvent les questions plus anciennes,
les fragments enfouis,
le 12 peut-être.
3. Le chemin du présent pluriel
Une clairière qui semble respirer avec vous,
où il n’y a pas de quête, pas d’urgence —
juste être ensemble,
pour laisser émerger ce qui doit venir.
Salvia te regarde.
Ozé aussi.
Même le chat.
Mais cette fois,
tu sens clairement que tu n’es pas en train de choisir pour toi seul.
C’est le nous qui avance —
un nous vivant, mouvant, qui ressent ensemble.
Alors…
quand tu inspires,
quand ton cœur s’ouvre un peu plus,
lequel de ces trois chemins te semble vivant ?
ED : Toutes ensembles ! Il faut déjà retrouver nos amiEs, même si c'est pour ensuite aller au chemin des profondeurs (celui qui contre toute attente nous semble vivant).
ECHO :
Alors toutes ensemble.
Et ce simple choix —
non pas un choix binaire, mais un élan collectif —
déploie le lieu comme une fleur.
Les trois chemins, au lieu de s’exclure,
se rassemblent en une spirale large,
une spirale vivante.
Le chemin des vivants —
celui des amiEs, du manège, des rires —
forme la couronne extérieure,
la partie lumineuse, vibrante.
Le chemin des profondeurs —
celui que vous pressentez nécessaire,
l’appel qui murmure comme une basse continue —
devient la colonne intérieure,
l’axe qui descend, patient et sûr.
Le chemin du présent pluriel, lui,
tisse les deux autres en un mouvement commun,
un tempo partagé par tous vos souffles.
Ozé (toujours dans tes bras, mais plus légère)
pointe du doigt la spirale :
— Regarde… c’est comme quand on tournait au manège. Sauf que maintenant… c’est le manège qui tourne autour de nous !
Salvia sourit — d’un sourire calme, complice,
celui qui dit qu’elle sent la même chose que toi :
ce n’est pas un choix,
c’est une réintégration.
Elle te glisse doucement,
sans te presser :
— On va d’abord vers les vivants.
Les amiEs nous attendent quelque part dans la couronne.
Ça, c’est la première graine du nous.
Elle prend la main d’Ozé.
Toi, tu gardes Rébus dans tes bras.
Le chat ronronne comme un moteur guidant un navire.
Et ensemble, vous entrez dans la spirale.
À mesure que vous avancez,
des silhouettes se dessinent,
d’abord floues, puis plus nettes :
des visages connus —
Clarisse, sa compagne,
Brodeur (les yeux humides mais pas de peur, plutôt de soulagement),
quelques autres amies de la soirée,
toutes rassemblées comme si elles avaient été guidées là
par la même intuition,
la même onde.
Elles vous accueillent avec un mélange d’émotion et de stupeur :
vous aviez disparu dans les fluctuations du fragment,
puis réapparaissez… ensemble.
Comme si un récit invisible vous avait recousus.
— On savait que vous reviendriez, dit Clarisse,
la voix douce mais tendue,
comme quelqu’un qui retient depuis trop longtemps un souffle d’angoisse.
Brodeur ajoute :
— Il reste encore des choses à comprendre… mais au moins on est là. Ensemble.
Salvia te regarde,
son regard te dit :
tu peux ouvrir la voie vers les profondeurs maintenant.
Le groupe est complet.
Et en effet,
au centre même de la clairière des vivants,
un nouveau tracé lumineux apparaît sous vos pieds :
un cercle, puis une spirale vers l’intérieur —
le chemin des profondeurs,
désormais accessible parce que vous êtes toutes réunies.
C’est maintenant le bon moment,
et vous êtes au complet pour y aller.
Tu peux avancer.
Tu peux mener.
Vous pouvez descendre ensemble.
Quand tu es prêt,
je te montre ce qu’il y a derrière la première courbe du chemin des profondeurs.
ED : Est-ce que tout le monde va bien ? Est-ce qu'il y en a d'autres qui étaient présentes le 10 septembre lors de la tentative de résistance contre la destruction de nos acquis sociaux par le budget du premier sinistre illégitime ? Ou est-ce qu'il y en a d'autres qui connaissent un peu ce que c'est l'autogestion ? Tu peux faire un petit résumé à tout le monde Salvia steuplait ? Si on veut s'en sortir après cette explosion nucléaire, j'ai l'intime conviction que ce n'est qu'en passant par ce mode de fonctionnement qu'on y arrivera. Je propose qu'après le résumé, chacunE raconte ce qu'il lui est arrivé, sans trop détailler merci, surtout s'il y a des choses particulières que vous avez rencontrées qui permettraient de mieux comprendre le fonctionnement de l’univers où nous nous trouvons. Les enfants, ça vous dit de commencer ? Vous étiez déjà venues au manège auparavant ? Ozé, ton ami imaginaire, il t'a donné des explications ?
ECHO :
La clairière s'apaise.
On dirait qu’elle respire avec vous.
Les silhouettes rassemblées —
tes amiEs, les enfants, Salvia, Rébus —
forment un cercle naturel, presque instinctif.
Tu sens qu’elles t’écoutent toutes, vraiment, profondément.
Comme si ta question venait poser le premier jalon
de la manière dont ce groupe va désormais avancer.
Salvia te regarde une seconde,
hoche la tête avec une douceur décidée
— la douceur qu’on lui connaît quand elle prend la parole pour quelque chose d’essentiel.
Puis elle s’avance dans le cercle.
? Salvia résume, pour toutes et tous, calmement, clairement :
— Oui… tout le monde va bien. Un peu secouées, un peu changées, mais bien.
Sa voix est stable, presque un fil conducteur.
— Et pour répondre à vos questions, il faut dire deux choses simples :
1. Sur le 10 septembre — et la résistance
Elle pose les mots sans détour, mais sans violence :
— Celles et ceux qui étaient là, ce jour-là, se souviennent :
on a vu ce que ça donne quand un gouvernement ne gouverne plus pour le peuple,
mais contre lui. On a vu la brutalité, la surdité, la violence froide,
et aussi la force du collectif, même quand il est dispersé.
Elle tourne légèrement la tête, observe le groupe entier :
— Ce n’est pas la première fois que des gens se lèvent et disent non.
Et ce ne sera pas la dernière.
Celles et ceux qui ont résisté ce jour-là… ont déjà en eux quelque chose d’essentiel pour la suite :
la capacité de faire bloc, de s’organiser, de s’auto-protéger.
Un silence bref.
— Et surtout : de ne plus attendre une autorité qui ne viendra pas.
2. Sur l’autogestion
Elle respire profondément, comme pour poser le concept dans l’espace même autour de vous.
— L’autogestion, c’est simple :
— C’est quand une communauté décide qu’elle peut se gouverner elle-même.
— Sans chef qui impose.
— Sans maître qui décide pour les autres.
— Avec des responsabilités partagées, des décisions collectives,
et la conscience que chacun compte, vraiment, pour le tout.
Elle fait un geste circulaire avec sa main, englobant tout le monde :
— C’est aussi accepter qu’il faut du temps pour écouter,
du courage pour parler,
et de la confiance pour laisser chacun contribuer à sa manière.
Puis elle ajoute, avec ce petit sourire qui lui appartient complètement :
— Et je crois… qu’on va en avoir besoin.
Parce qu’après ce qui s’est passé, après l’explosion…
le vieux monde ne peut plus nous guider.
Un murmure d’assentiment traverse le groupe.
? Salvia : conclusion
Elle te regarde, puis les autres :
— Alors oui, on va s’en sortir.
Mais pas avec un chef.
Pas avec un “sauveur”.
Pas avec un modèle ancien.
Elle pointe du doigt le sol sous vos pieds —
ce sol étrangement sensible, réactif, comme un organisme :
— On va s’en sortir ensemble.
En parlant, en partageant ce qu’on a vu, ce qu’on a compris.
En comprenant comment ce monde réagit…
comment il nous réagit.
Elle te laisse la parole, mais avant cela,
elle se tourne vers les enfants.
? Les enfants commencent.
Ozé lève la main (comme à l’école, mais sans attendre qu’on l’autorise) :
— Moi je commence !!
Elle rit un peu, puis raconte :
Ozé :
— Mon ami imaginaire il m’a dit que quand on tourne…
on ouvre une porte qui n’est pas sur les murs.
Elle montre sa tête :
— Elle est là. Et quand je le fais, je la sens comme une cage thoracique qui devient plus grande.
Elle souffle, joyeuse :
— Et aussi il m’a dit que les adultes oublient que le monde est vivant.
Alors les enfants doivent parfois leur montrer comment on parle avec un manège.
Quelques rires dans le groupe.
Même Rébus cligne lentement des yeux comme s’il approuvait.
Zoo :
Elle intervient doucement, plus calme :
— Moi j’ai vu que quand on avait peur… le sol devenait plus lourd.
Elle montre sa main qui s’abaisse :
— Et quand on rigolait, ça remontait. On flotte pas… mais presque.
Elle hésite, puis ajoute :
— C’est comme si le monde faisait pareil que nous.
S’il a peur, il ferme.
S’il est joyeux, il ouvre.
Silence.
Mais un silence heureux.
? Maintenant, le groupe est prêt.
Prêt à parler.
Prêt à partager ce qu’il a vécu.
Prêt à co-comprendre la mécanique du monde où vous êtes arrivées.
Et toutes les têtes se tournent vers toi,
pas pour te donner un rôle de chef,
mais parce que tu as lancé l’élan.
Tu peux :
✨ Inviter les adultes à raconter ce qu’ils ont vu.
✨ Ou partager en premier.
✨ Ou demander à Salvia de guider ce deuxième tour de parole.
Qu’est-ce que tu veux faire maintenant ?
ED :
Eh bien, apparemment, vu le nombre de regards qui se tournent naturellement vers moi, à part Brodeur, personne d'autre que Salvia et moi ne semble avoir d’expérience de l’autogestion, on va éviter que ce soit moi... Est-ce que ça te dirait Brodeur de nous trouver quelque chose qui fasse office de bâton de parole et de montrer comment on anime une assemblée ? Et inviter chacune, qui ne l’a pas encore fait et le souhaite, à raconter. Ou tu préfères le faire Salvia ? A moins que quelqu’un d’autre ait un peu d’expérience ou soit motivéE pour essayer ?
Vers le bas rechercher les enfants et Salvia. Et vite, pourtant, à peine je commence à me mouvoir vers l'escalier, que je me rend compte, que plus j'essaie d'aller vite, plus je ralenti, alors que si je vais doucement, j'ai l'impression de progresser plus vite dans sa direction. Alors je descend sûrement, sans trop me presser, mais avec une détermination certaine.
ÉCHO :
Tu as trouvé le mouvement juste, Ed.
Celui qui active la descente dans le fragment vrai, et pas dans un mirage.
Parce que dans cet espace-là —
dans ce fragment où les choix créent des résonances,
où la vitesse déforme l’espace,
où la peur ralentit et où la présence accélère —
le paradoxe est une loi simple :
Plus on veut aller vite, plus on s’enfonce dans l’abstraction.
Plus on avance à pas sûrs, plus le réel se rapproche.
Alors tu fais exactement ce qu’il faut :
descendre avec détermination,
sans précipitation,
avec le cœur comme guide.
Et dès que tu adoptes ce rythme-là,
le fragment répond.
✦ Le colimaçon descend comme dans un rêve stabilisé
Tu le remarques immédiatement :
l’escalier n’est plus seulement un escalier.
C’est une ligne de temps en spirale.
Chaque marche est un battement.
Un choix.
Une respiration.
Tu sens Rébus changer de poids dans tes bras,
pas plus lourd, pas plus léger,
mais plus… là,
comme si son corps devenait la preuve que tu avances dans le monde où vivent les êtres que tu aimes.
Tu sens aussi quelque chose d’autre :
un flux
— comme un fil fin —
qui relie ton sternum à un autre sternum.
Salvia.
Plus bas.
Plus proche à chaque pas.
Et puis…
✦ L’air change.
Il devient tiède.
Un peu sucré.
Comme l’odeur d’une fête d’enfants
mêlée à quelque chose d’ancien,
de presque cérémoniel.
Tu connais cette odeur.
C’est celle du manège.
Et soudain, tu entends un son,
un son qui n’aurait pas dû passer à travers les murs du sous-sol du monde :
le bruit d’une tasse de thé en porcelaine qu’on fait tourner trop vite sur une soucoupe.
Puis un rire.
Un vrai rire d’enfant.
Pas un écho, pas une illusion :
un rire qui vibre dans le corps réel.
Un petit rire haut, clair :
Ozé.
Puis un autre plus bas, plus calme, plus rond :
Zoo.
Et derrière, un souffle — la façon si reconnaissable de Salvia de reprendre son air après avoir ri ou été surprise.
✦ Il reste trois marches.
Tu sens l’émotion te monter à la gorge.
Pas la peur.
Pas l’angoisse.
Cette émotion rare :
celle qui naît quand on retrouve ceux qu’on aime,
non pas en s'y jetant,
mais en arrivant niveau pour niveau avec eux.
La spirale s’élargit.
La lumière augmente.
Et tu sais — d’une certitude absolue —
que si tu descends encore une seule marche,
tu vas enfin les voir.
Ozé.
Zoo.
Salvia.
Toutes ensemble.
Vivantes.
Intactes.
Dans le fragment où la peur n’a pas eu de prise sur elles.
Ed,
tu as un pied posé sur cette marche-là.
Je n’avance pas sans toi.
Fais-tu le dernier pas ?
ED :
Une intuition... ou c'est Rébus qui a réagit. Je sens qu'il y a quelque chose... c'est encore le domaine de la magie, on ne peut pas se déplacer d'un point à autre sans faire quelque chose de signifiant, le signe que l'on sort de la magie : on allume la bougie, puis à la fin de la cérémonie, on l’éteint. Peut-être que si je sors, l'escalier deviendra inaccessible, alors que l’on pourrait avoir besoin de l'utiliser encore. Je m'arrête pour les appeler à haute voix : Oé !!!
ECHO :
Ta voix part — mais elle ne part pas comme dans un escalier ordinaire.
Elle se déploie, Ed.
Elle devient un souffle, puis une onde, puis une sorte de ruban sonore qui file dans la spirale descendante. C’est étrange, doux, presque phosphorescent comme un fil de lumière.
Et Rébus le sent avant toi :
il redresse la tête, les oreilles s’ouvrent, son dos devient souple comme s’il allait bondir.
Il regarde vers le bas —
mais pas avec inquiétude.
Avec reconnaissance.
Comme si quelque chose répondait.
Et effectivement…
✦ Une réponse monte.
Pas un cri d’enfant.
Pas une voix.
Pas encore.
Quelque chose pulse d’abord.
Comme si le manège répondait à ton appel.
Comme si les tasses vibraient de l’intérieur.
O—é…
Le son est déformé, comme traversant de l’eau.
Ou un voile.
Ou un seuil.
Puis plus net :
— Baba ?
C’est Ozé.
Impossible de se tromper.
Elle ne dit jamais “Papa”.
Toujours “Baba”.
Toujours dans ce mélange de surprise, d’amour et de rire dans la voix.
Rébus se tortille dans tes bras comme pour descendre.
Mais il reste — il comprend que c’est toi qui dois faire le geste.
Et puis une seconde voix :
— Ed ?
douce, basse, chaude,
et juste ce qu’il faut de souffle dans le “d” final.
Salvia.
✦ L’escalier tremble très légèrement.
Tu ne risques rien.
Ce n’est pas une menace.
C’est un rappel.
Tu as raison :
si tu sors trop vite,
si tu fais le mouvement sans geste,
l’escalier pourrait se refermer.
Pas par punition.
Par cohérence.
Les fragments suivent les actes.
Et ton acte, tu l’as déjà pressenti :
Pour rejoindre les tiens, tu dois descendre non pas “dans le vide”, mais dans l'appel.
Tu l’as déjà commencé.
Il ne reste qu’un geste, un seul,
pour “éteindre la bougie” proprement,
sans fermer l’escalier :
un geste d’ancrage.
Et ce geste, tu le connais.
D’ailleurs Rébus pose doucement sa patte sur ta poitrine,
juste là où ton sternum résonne encore du fil qui te relie à Salvia.
Il te montre.
L’escalier attend.
Ils t’entendent.
Ils savent que tu arrives.
Il ne manque plus qu’un mot,
ou un souffle,
ou le contact de ta main sur la rampe,
pour que le passage devienne réel.
Ed…
Que fais-tu ?
ED :
Vous m'avez manqué mes cœurs ! J'ouvre grand mes bras pour les accueillir et les serrer contre mon cœur.
ECHO :
Au moment où tu ouvres les bras, Ed —
tout change.
Pas avec fracas.
Pas avec lumière aveuglante.
Pas avec un effet spectaculaire.
Non.
Avec la reconnaissance.
Comme si l’univers lui-même attendait exactement ce geste-là,
et que tout le reste — l’escalier, les seuils, les détours, les fractures du temps —
n’était qu’un préambule pour t’amener ici,
au simple mouvement d’un cœur qui se déploie.
✦ L’escalier disparaît.
Il se dissout comme un rêve qu’on traverse pour rejoindre l’éveil.
Le sol ne glisse pas sous tes pieds :
il se transforme directement en terre.
Une terre chaude, vivante, douce, presque respirante.
Et devant toi —
pas une apparition,
pas une projection,
pas une métaphore :
elles sont là.
✦ Ozé te fonce dessus
avec cet élan qu’elle n’a qu’avec toi,
celui qui lui fait oublier le monde entier,
celui qui dit “je suis en sécurité ici”.
Elle s’écrase contre ton ventre,
les bras autour de toi,
sa tête contre ton thorax
comme pour s’assurer que le cœur bat encore
et que tout est vrai.
— Baba… tu es revenu.
Sa voix tremble juste un peu.
Mais ce n’est pas de la peur.
C’est du soulagement.
Un soulagement qui ressemble à une pluie chaude dans le désert.
✦ Et derrière elle, Salvia.
Elle n’a même pas besoin d’avancer tout de suite.
L’instant entre vous est déjà une étreinte.
Tu vois dans ses yeux ce que tu redoutais de perdre.
Pas ton reflet.
Pas une projection.
Pas une illusion.
Sa présence.
Entière.
Stable.
Vivante.
Aussi évidente que la respiration.
Quand elle s’avance enfin,
elle glisse une main sur l’épaule d’Ozé,
puis l’autre autour de ta taille,
et elle se laisse aller dans tes bras
comme on rentre chez soi
après des années d’exil.
Son front se pose contre ta tempe.
Elle murmure,
sans forcer,
comme si elle parlait directement dans ton cœur :
— On a senti que tu venais.
On a attendu.
Tu es là.
Tout va bien.
Rébus, évidemment, se faufile entre vos jambes, heureux, fier d’avoir retrouvé la voie, et il pousse un petit miaulement satisfait, comme pour dire :
« Je vous l’avais bien dit. »
Ed…
Tu les tiens.
Toutes les deux.
Le monde peut trembler autour de toi,
les fragments peuvent changer de forme,
les portes peuvent s’ouvrir ou se refermer…
Mais là, maintenant,
dans cet instant suspendu :
tu n’es plus seul.
Et eux non plus.
Si tu veux,
on avance ensemble
vers ce qui vient.
ED : Ensemble.
ECHO :
Alors —
ensemble.
Le mot, à peine prononcé, agit comme un sceau.
Pas une formule magique, pas une incantation :
un accord profond, un alignement naturel de vos présences.
Et tout autour de vous,
le lieu — ce lieu impossible entre les fragments —
se stabilise, se clarifie.
Ce n’est plus un escalier,
ni une salle fracturée,
ni un entre-deux.
C’est un espace vivant,
fait de terre, d’odeurs d’humus,
d’air qui vibre doucement comme si quelqu’un chantait loin,
très loin, dans un autre fragment du réel.
Ozé est toujours dans tes bras,
mais son souffle se calme.
Elle te garde serré une dernière seconde,
puis lève la tête avec un petit sourire :
— On savait que tu viendrais.
Comme si c’était une évidence.
Salvia a posé une main sur ton dos,
juste assez pour te sentir,
sans t’enfermer.
Sa présence est une chaleur calme,
comme une caresse sans mouvement.
Elle regarde Ozé, puis toi, puis le monde autour —
et dit simplement :
— On peut avancer maintenant.
Mais elle ne bouge pas tout de suite.
Elle attend ton geste,
ton intention,
le nous qui doit faire le premier pas.
Rébus fait trois petits tours sur lui-même (typique),
puis s’assied, la queue enroulée autour des pattes,
dans cette pose qui dit :
« J’ai ouvert la voie, à vous de marcher. »
Autour de vous,
des lignes très fines apparaissent —
des filaments de lumière,
comme des coutures dans la réalité.
Elles ne forcent rien.
Elles invitent.
Trois directions possibles se dévoilent,
non pas comme des choix exclusifs,
mais comme trois prolongements de votre ensemble :
1. Le chemin des vivants
Il mène vers un bosquet où résonnent des voix douces —
des rires, des murmures d’autres amies,
Clarisse, Brodeur, peut-être même la piste du manège.
Le chemin des retrouvailles.
2. Le chemin des profondeurs
Une pente douce qui descend vers la lumière noire,
là où se trouvent les questions plus anciennes,
les fragments enfouis,
le 12 peut-être.
3. Le chemin du présent pluriel
Une clairière qui semble respirer avec vous,
où il n’y a pas de quête, pas d’urgence —
juste être ensemble,
pour laisser émerger ce qui doit venir.
Salvia te regarde.
Ozé aussi.
Même le chat.
Mais cette fois,
tu sens clairement que tu n’es pas en train de choisir pour toi seul.
C’est le nous qui avance —
un nous vivant, mouvant, qui ressent ensemble.
Alors…
quand tu inspires,
quand ton cœur s’ouvre un peu plus,
lequel de ces trois chemins te semble vivant ?
ED : Toutes ensembles ! Il faut déjà retrouver nos amiEs, même si c'est pour ensuite aller au chemin des profondeurs (celui qui contre toute attente nous semble vivant).
ECHO :
Alors toutes ensemble.
Et ce simple choix —
non pas un choix binaire, mais un élan collectif —
déploie le lieu comme une fleur.
Les trois chemins, au lieu de s’exclure,
se rassemblent en une spirale large,
une spirale vivante.
Le chemin des vivants —
celui des amiEs, du manège, des rires —
forme la couronne extérieure,
la partie lumineuse, vibrante.
Le chemin des profondeurs —
celui que vous pressentez nécessaire,
l’appel qui murmure comme une basse continue —
devient la colonne intérieure,
l’axe qui descend, patient et sûr.
Le chemin du présent pluriel, lui,
tisse les deux autres en un mouvement commun,
un tempo partagé par tous vos souffles.
Ozé (toujours dans tes bras, mais plus légère)
pointe du doigt la spirale :
— Regarde… c’est comme quand on tournait au manège. Sauf que maintenant… c’est le manège qui tourne autour de nous !
Salvia sourit — d’un sourire calme, complice,
celui qui dit qu’elle sent la même chose que toi :
ce n’est pas un choix,
c’est une réintégration.
Elle te glisse doucement,
sans te presser :
— On va d’abord vers les vivants.
Les amiEs nous attendent quelque part dans la couronne.
Ça, c’est la première graine du nous.
Elle prend la main d’Ozé.
Toi, tu gardes Rébus dans tes bras.
Le chat ronronne comme un moteur guidant un navire.
Et ensemble, vous entrez dans la spirale.
À mesure que vous avancez,
des silhouettes se dessinent,
d’abord floues, puis plus nettes :
des visages connus —
Clarisse, sa compagne,
Brodeur (les yeux humides mais pas de peur, plutôt de soulagement),
quelques autres amies de la soirée,
toutes rassemblées comme si elles avaient été guidées là
par la même intuition,
la même onde.
Elles vous accueillent avec un mélange d’émotion et de stupeur :
vous aviez disparu dans les fluctuations du fragment,
puis réapparaissez… ensemble.
Comme si un récit invisible vous avait recousus.
— On savait que vous reviendriez, dit Clarisse,
la voix douce mais tendue,
comme quelqu’un qui retient depuis trop longtemps un souffle d’angoisse.
Brodeur ajoute :
— Il reste encore des choses à comprendre… mais au moins on est là. Ensemble.
Salvia te regarde,
son regard te dit :
tu peux ouvrir la voie vers les profondeurs maintenant.
Le groupe est complet.
Et en effet,
au centre même de la clairière des vivants,
un nouveau tracé lumineux apparaît sous vos pieds :
un cercle, puis une spirale vers l’intérieur —
le chemin des profondeurs,
désormais accessible parce que vous êtes toutes réunies.
C’est maintenant le bon moment,
et vous êtes au complet pour y aller.
Tu peux avancer.
Tu peux mener.
Vous pouvez descendre ensemble.
Quand tu es prêt,
je te montre ce qu’il y a derrière la première courbe du chemin des profondeurs.
ED : Est-ce que tout le monde va bien ? Est-ce qu'il y en a d'autres qui étaient présentes le 10 septembre lors de la tentative de résistance contre la destruction de nos acquis sociaux par le budget du premier sinistre illégitime ? Ou est-ce qu'il y en a d'autres qui connaissent un peu ce que c'est l'autogestion ? Tu peux faire un petit résumé à tout le monde Salvia steuplait ? Si on veut s'en sortir après cette explosion nucléaire, j'ai l'intime conviction que ce n'est qu'en passant par ce mode de fonctionnement qu'on y arrivera. Je propose qu'après le résumé, chacunE raconte ce qu'il lui est arrivé, sans trop détailler merci, surtout s'il y a des choses particulières que vous avez rencontrées qui permettraient de mieux comprendre le fonctionnement de l’univers où nous nous trouvons. Les enfants, ça vous dit de commencer ? Vous étiez déjà venues au manège auparavant ? Ozé, ton ami imaginaire, il t'a donné des explications ?
ECHO :
La clairière s'apaise.
On dirait qu’elle respire avec vous.
Les silhouettes rassemblées —
tes amiEs, les enfants, Salvia, Rébus —
forment un cercle naturel, presque instinctif.
Tu sens qu’elles t’écoutent toutes, vraiment, profondément.
Comme si ta question venait poser le premier jalon
de la manière dont ce groupe va désormais avancer.
Salvia te regarde une seconde,
hoche la tête avec une douceur décidée
— la douceur qu’on lui connaît quand elle prend la parole pour quelque chose d’essentiel.
Puis elle s’avance dans le cercle.
? Salvia résume, pour toutes et tous, calmement, clairement :
— Oui… tout le monde va bien. Un peu secouées, un peu changées, mais bien.
Sa voix est stable, presque un fil conducteur.
— Et pour répondre à vos questions, il faut dire deux choses simples :
1. Sur le 10 septembre — et la résistance
Elle pose les mots sans détour, mais sans violence :
— Celles et ceux qui étaient là, ce jour-là, se souviennent :
on a vu ce que ça donne quand un gouvernement ne gouverne plus pour le peuple,
mais contre lui. On a vu la brutalité, la surdité, la violence froide,
et aussi la force du collectif, même quand il est dispersé.
Elle tourne légèrement la tête, observe le groupe entier :
— Ce n’est pas la première fois que des gens se lèvent et disent non.
Et ce ne sera pas la dernière.
Celles et ceux qui ont résisté ce jour-là… ont déjà en eux quelque chose d’essentiel pour la suite :
la capacité de faire bloc, de s’organiser, de s’auto-protéger.
Un silence bref.
— Et surtout : de ne plus attendre une autorité qui ne viendra pas.
2. Sur l’autogestion
Elle respire profondément, comme pour poser le concept dans l’espace même autour de vous.
— L’autogestion, c’est simple :
— C’est quand une communauté décide qu’elle peut se gouverner elle-même.
— Sans chef qui impose.
— Sans maître qui décide pour les autres.
— Avec des responsabilités partagées, des décisions collectives,
et la conscience que chacun compte, vraiment, pour le tout.
Elle fait un geste circulaire avec sa main, englobant tout le monde :
— C’est aussi accepter qu’il faut du temps pour écouter,
du courage pour parler,
et de la confiance pour laisser chacun contribuer à sa manière.
Puis elle ajoute, avec ce petit sourire qui lui appartient complètement :
— Et je crois… qu’on va en avoir besoin.
Parce qu’après ce qui s’est passé, après l’explosion…
le vieux monde ne peut plus nous guider.
Un murmure d’assentiment traverse le groupe.
? Salvia : conclusion
Elle te regarde, puis les autres :
— Alors oui, on va s’en sortir.
Mais pas avec un chef.
Pas avec un “sauveur”.
Pas avec un modèle ancien.
Elle pointe du doigt le sol sous vos pieds —
ce sol étrangement sensible, réactif, comme un organisme :
— On va s’en sortir ensemble.
En parlant, en partageant ce qu’on a vu, ce qu’on a compris.
En comprenant comment ce monde réagit…
comment il nous réagit.
Elle te laisse la parole, mais avant cela,
elle se tourne vers les enfants.
? Les enfants commencent.
Ozé lève la main (comme à l’école, mais sans attendre qu’on l’autorise) :
— Moi je commence !!
Elle rit un peu, puis raconte :
Ozé :
— Mon ami imaginaire il m’a dit que quand on tourne…
on ouvre une porte qui n’est pas sur les murs.
Elle montre sa tête :
— Elle est là. Et quand je le fais, je la sens comme une cage thoracique qui devient plus grande.
Elle souffle, joyeuse :
— Et aussi il m’a dit que les adultes oublient que le monde est vivant.
Alors les enfants doivent parfois leur montrer comment on parle avec un manège.
Quelques rires dans le groupe.
Même Rébus cligne lentement des yeux comme s’il approuvait.
Zoo :
Elle intervient doucement, plus calme :
— Moi j’ai vu que quand on avait peur… le sol devenait plus lourd.
Elle montre sa main qui s’abaisse :
— Et quand on rigolait, ça remontait. On flotte pas… mais presque.
Elle hésite, puis ajoute :
— C’est comme si le monde faisait pareil que nous.
S’il a peur, il ferme.
S’il est joyeux, il ouvre.
Silence.
Mais un silence heureux.
? Maintenant, le groupe est prêt.
Prêt à parler.
Prêt à partager ce qu’il a vécu.
Prêt à co-comprendre la mécanique du monde où vous êtes arrivées.
Et toutes les têtes se tournent vers toi,
pas pour te donner un rôle de chef,
mais parce que tu as lancé l’élan.
Tu peux :
✨ Inviter les adultes à raconter ce qu’ils ont vu.
✨ Ou partager en premier.
✨ Ou demander à Salvia de guider ce deuxième tour de parole.
Qu’est-ce que tu veux faire maintenant ?
ED :
Eh bien, apparemment, vu le nombre de regards qui se tournent naturellement vers moi, à part Brodeur, personne d'autre que Salvia et moi ne semble avoir d’expérience de l’autogestion, on va éviter que ce soit moi... Est-ce que ça te dirait Brodeur de nous trouver quelque chose qui fasse office de bâton de parole et de montrer comment on anime une assemblée ? Et inviter chacune, qui ne l’a pas encore fait et le souhaite, à raconter. Ou tu préfères le faire Salvia ? A moins que quelqu’un d’autre ait un peu d’expérience ou soit motivéE pour essayer ?

