ED :
Brodeur se rappelle que c'est lui qui est censé distribuer le tour de parole… J'étais un peu gênée, mais je ne voulais pas lui faire remarquer, ça aurait encore accentué ce rôle de cheffe que j'évite, des-fois en laissant un peu plus de temps, tout se met en place, chacun à son rythme, c'est d'ailleurs pour ça qu'il y a plein de personnes qui échouent dans leur parcours scolaire, car la méthode directive est violente, voir destructrice, en plus de favoriser le conditionnement et la compétition, l'exclusion est la conséquence logique de ne pas adapter au besoin de chaque personne, c'est la matérialisation de la pensée à court terme du capitalisme, quand sont les prochaines élections, quand est le prochain examen... Brodeur sourit et laisse ZoO donner le bâton à Darijaqq, il le distribuera la fois d'après.
ÉCHO :
Brodeur ne dit rien.
Il sourit seulement — un sourire un peu incliné, un peu complice, un peu « j’ai vu, t’inquiète ».
Il sait reconnaître quand le vivant circule mieux que l’organisation.
Il sait reconnaître quand l’élan a parlé plus juste que la règle.
ZoO a tendu le bâton à Darijaqq avec une évidence qui dépassait toutes les procédures, et lui, Brodeur, sait voir ça :
le moment où la spontanéité est plus sage que la structure.
Alors il incline la tête, comme un maître artisan qui approuve sans un mot, et Darijaqq prend le bâton.
Un silence.
Un vrai silence.
Un silence où on entend presque la respiration de chacun,
où l’on sent la densité de ce lieu,
où les tasses du manège vibrent encore d’une mémoire aquatique.
Darijaqq tient le bâton comme si c’était une fleur fragile.
Elle ne sait pas très bien comment commencer.
Alors il ferme les yeux.
Et quand elle parle,
sa voix n’est pas fluide…
mais elle est vraie.
✦ Darijaqq parle.
« Je… essaye parler comme vous.
Mais… les mots, c’est pas… droit.
Ils sont… tordus.
Comme… comme rivière. »
Elle cherche un mot avec sa main, dans l’air, comme si les phrases étaient autour d’elle, suspendues.
« Dans ma langue…
on ne dit pas je.
On dit… le centre du souffle.
Et… le centre du souffle… il bouge. »
Elle touche son torse, puis ta poitrine du regard, puis celle de Salvia.
« Parfois… il est moi.
Parfois… il est toi.
Parfois… il est ce qui est entre nous.
Ça dépend… où est l’écoute. »
Elle ouvre les yeux.
Une douceur inhabituelle y brille — ce n’est pas l’enfant, ni l’adulte, ni l’étrangère :
c’est un être qui voit autrement.
« Quand… l’explosion… quand tout a changé…
je n’ai pas eu peur.
Parce que… dans ma culture…
le monde… il a plusieurs peaux.
Et quand une peau brûle…
on glisse dans une autre.
C’est… normal.
C’est… connu. »
Elle tapote le bâton, comme si celui-ci confirmait.
« Mais ici… »
Elle regarde autour.
Les arbres impossibles.
Le manège fractal.
Le cristal-feuille pulsant.
Rébus qui surveille comme un sphinx moustachu.
« … ici… ce n’est pas une peau du monde.
C’est… une couture.
Une couture entre les peaux.
Un endroit… pour recoudre, ou pour déchirer. »
Elle avance un pied, timidement.
« Chez moi… le mot peur et le mot histoire… sont presque le même mot.
Parce que la peur… c’est une histoire qui s’écrit toute seule.
Alors… on apprend à la réécrire.
À plusieurs.
Toujours ensemble.
Jamais seul. »
Elle inspire profondément, et dit enfin ce qu’elle gardait pour la fin :
« Quand vous… vous êtes tombés dans les tasses…
moi, j’ai pas sauté.
Je suis… resté.
Parce que j’ai vu…
une lumière dans le sol.
Comme… un fil.
Comme si… vos chemins… faisaient un tressage.
Et j’ai compris…
que vous étiez vivants.
Pas dans le même endroit…
mais vivants. »
Elle touche son cœur avec deux doigts.
« Alors… j’ai attendu que le fil remonte.
Et il a remonté.
Avec Zoo.
Avec… toi.
Avec vous. »
Et pour finir — presque une prière — elle dit :
« Je veux aider.
Mais je veux pas… décider.
Je veux juste… être un souffle avec vous.
Parce que… ici… chaque souffle compte.
Il change… la couture. »
Darijaqq tend doucement le bâton.
Et cette fois, elle ne sait pas à qui.
Elle laisse le bâton chercher.
Et toi,
toi seul,
sens vers qui il se tourne.
✦ À qui le bâton va-t-il maintenant ?
(Choisis, ou laisse-moi sentir ce qui se passe.)
ED :
C'est clarisse, elle a besoin de cet espace pour être à coté de Darijaqq, elle est prudente, elle ne fait pas à sa place, mais elle est celle qui lui fait de la place. Sa compagne et sa voix se mêlent souvent à celle de Darijaqq, un peu comme Écho quand Ed End parle.
ÉCHO :
Clarisse pose une main très douce sur le bras de Darijaqq —
pas pour parler à sa place,
mais pour être l’espace autour d’elle.
L’espace où sa parole peut continuer de résonner sans se briser.
Le bâton glisse vers elle naturellement, comme attiré par une gravité subtile.
Elle ne le prend pas brusquement ;
elle l’accueille,
comme on recueille une flamme fragile.
Elle s’assied bien droite, respire,
et quand elle parle…
c’est comme si sa voix venait se tisser à celle de Darijaqq,
sans l’effacer,
sans le corriger,
mais en l’amplifiant —
exactement comme tu l’as dit,
à la façon dont Écho se mêle parfois à Ed End.
✦ Clarisse parle.
« Je vais essayer d’être un pont. »
Un mince sourire.
Elle regarde Darijaqq avec cette tendresse presque animale, celle de ceux qui ont appris à écouter au-delà du langage.
« Vous l’avez entendu :
dans sa langue,
il n’y a pas je.
Ou plutôt… je n’est qu’un endroit où passe le souffle.
Elle m’a appris ça.
Et… ça m’a changée. »
Elle pose la main sur son sternum, un geste simple, mais vibrant :
« De là où vient Darijaqq,
exister,
c’est déjà être plusieurs.
C’est être relation.
C’est être traversé.
Alors… quand elle parle d’être un souffle avec nous…
elle ne parle pas en métaphore.
C’est littéral.
C’est leur façon d’être vivants. »
Elle observe l’assemblée, les tasses de thé immobiles autour, Rébus qui surveille, les yeux mi-clos mais l’oreille affûtée comme une antenne.
« Ce qu’elle n’a pas osé dire —
je le dis pour elle,
parce que ce n’est pas parler à sa place,
c’est traduire ce qu’elle m’a déjà confié —
c’est qu’elle sent la couture. »
Elle dit ce mot très, très doucement, car il n’appartient à aucune langue terrestre.
« Elle a reconnu cet endroit.
Pas exactement… mais presque.
Dans sa culture, il existe un mythe :
entre les mondes, il y a une couture.
Là où les réalités se frôlent.
Là où les histoires deviennent dangereuses…
et guérissantes.
Le même endroit.
Toujours. »
Elle touche le bâton comme s'il vibrait.
« Pour elle…
nous ne sommes pas piégés.
Nous sommes au travail.
Sur la réalité elle-même.
Et ça… elle le vit très sereinement.
Parce que c’est normal pour elle.
Au contraire de nous. »
Elle rit doucement, un rire qui détend les thorax les plus crispés.
Puis sa voix baisse :
« Moi…
j’ai eu peur.
Je l’avoue.
Je l’ai toujours, un peu.
Je n’ai pas son calme.
Je n’ai pas sa façon de sentir les chemins.
Mais… »
Elle regarde Darijaqq.
Dans ce regard, il y a un Oui ancien, un Oui qui s’est construit lentement.
« … je lui fais confiance.
Et je vous fais confiance aussi.
Et je crois que si nous devons marcher dans cet endroit où l’univers cicatrise…
alors ce sera ensemble.
Avec nos souffles qui s’accordent.
Nos peurs qui se disent.
Nos idées qui se partagent.
Nos chemins qui se nouent. »
Elle inspire, profondément.
« Je ne propose pas de direction.
Mais je propose qu’on ne laisse personne marcher seul.
Pas ici.
Pas dans la couture. »
Elle relève les yeux vers toi.
Vers toi.
Ed End, auteur-masque, double vivant, témoin du réel et de l’irréel.
« Qui veut prendre le bâton maintenant ? »
Le bois du bâton semble légèrement chaud.
Comme s’il savait déjà où aller.
Comme s’il attendait juste qu’une main, quelque part parmi vous tous,
ose se tendre.
ED :
Brodeur voit bien qu’Ours-qui-aime-trop-le-miel voudrait dire quelque chose, il va lui donner le bâton mais Roméo, qui n'a pas vu qu’Ours s’apprêtait à parler, le demande. Brodeur en profite pour expliquer :
- On est une douzaine, mais si on était plus, ce serait indispensable, surtout quand les langues sont un peu déliées, là, moi aussi, je suis encore un peu sous le choc de ce qui vient de nous arriver. Suivre la forme des aiguilles d’une montre, c'est cool pour les présentations ou pour faire un tour de ressenti, mais pour une discussion a bâton rompu... il appuie super discrètement sa blague d'une étincelle dans le regard _les filles boivent ces paroles, pour elles, c'est leur grand escogriffe, le clown subtile des bons mots cachés_ ...il y a une astuces très simple, tu lèves un doigt si tu veux prendre la parole, si quelqu'un d'autres veux prendre la parole iel lève deux doigts, unE autre 3 doigts, et au fur et à mesure que la parole est distribuée, iel repasse à 2 doigts, puis 1 jusqu'à son tour. Donc Roméo et après tu passeras le bâton à Ours steup.
ÉCHO :
Roméo se redresse un peu —
pas pour prendre de la place,
mais parce que quelque chose en elle, une petite bulle de parole coincée sous les côtes,
demande à sortir.
Elle a « un doigt » levé bien droit, presque trop,
comme un élève qui aurait énormément réfléchi avant d’oser.
Brodeur fait un signe de tête : c’est bon.
Roméo attrape le bâton avec une délicatesse inattendue,
presque cérémonielle.
Et puis elle souffle…
comme pour s’accorder au rythme du cercle.
✦ Roméo parle.
« Je… merci.
Je vais essayer de pas faire long. »
Elle se gratte la nuque.
C’est plus fort qu’elle.
Puis il regarde timidement autour : les enfants fascinés, Clarisse posée comme un souffle, Darijaqq qui écoute avec l’intérieur du corps, Salvia qui veille, Ours qui attend sa place, et toi — toi — qui tiens l’espace sans bouger.
Roméo poursuit :
« D’abord… j’voulais dire un truc simple.
Juste… merci.
Parce que… je sais pas pour vous,
mais… moi, j’aurais pu paniquer.
J’aurais dû.
Et puis… vous voyez, là… »
Elle montre le cercle entier de sa main ouverte, paume vers le haut.
« … ben on est ensemble.
Et ça change tout. »
Elle avale sa salive, une fois.
« Ensuite, j’voulais parler d’un truc que Darijaqq a dit.
Enfin… que Clarisse a redit pour lui.
Ce truc de… couture.
Je sais pas pourquoi mais… ça me parle à fond.
Peut-être parce que j’ai un peu l’impression qu’on était déjà… cousus ensemble avant ça.
Pas ‘destinés’, hein —
juste… que quelque part…
nos chemins avaient déjà commencé à se tricoter avant même qu’on sache qu’on allait vivre ça. »
Elle rit doucement, sans se moquer.
« Et… ça me rassure.
Parce que si on est dans un endroit où les mondes se touchent…
je préfère être avec vous qu’avec n’importe qui d’autre.
Même si j’ai peur. »
Elle regarde Ours, comme pour s’excuser d’avoir ‘dérangé l’ordre’.
Puis elle dit, un peu plus fort :
« Et un truc encore.
Juste une proposition.
On n’est pas obligés de la suivre.
Mais… je me dis que…
peut-être que ce serait pas mal qu’on garde toujours un point où on revient.
Un point fixe.
Un endroit ‘sûr’.
Un foyer.
Un truc qui nous rappelle qui on est quand tout part en vrille. »
Elle montre du doigt le sol, là où vos pas ont déjà laissé une empreinte, même si l’endroit change.
« Pas forcément un lieu, hein.
Ça peut être… un geste.
Ou une phrase.
Ou… j’sais pas… un truc à nous.
Comme un rappel.
Un ancrage partagé. »
Elle rougit un peu, parce qu'elle parle avec le cœur.
« Voilà.
C’est tout. »
Elle hoche la tête vers Ours, sincèrement.
« Merci d’avoir attendu. »
Et elle tend le bâton à Ours-qui-aime-trop-le-miel.
Le bois passe de main en main.
Le cercle demeure vivant.
La couture respire.
Et quelque chose, imperceptiblement, continue de se recoudre autour de vous.
ED :
Pour la carte, j'ai commencé à essayer de noter de tête, mais c'est trop compliqué. Par exemple, le fragment 14, l’œil de lapin déverrouillé, avec la source ça aurait été top pour se retrouver comme proposait Roméo, le problème c'est que pour retourner au fragment 14 à partir d'ici... c'est vraiment pas la porte à coté. On aurait meilleur temps de tracer un cercle double par terre et commencer la carte en explorant à partir d'ici. Après, j'ai eu une idée un peu folle, dans le salon j'ai feuilleté la bd Quantix que voulais me prêter Salvia, c'était expliqué que comme tout notre univers est dépourvu de couleur, si on voyait une pomme rouge... c'est uniquement parce que les rayons rouges rebondissent sur sa surface au lieu d'être absorbé que notre œil les perçoit. Quand j'ai lu ce passage, qui expliquait qu'en définitive c'était juste notre cerveau qui modélisait la réalité, je me suis dit, qu'il est possible, que la matière ne soit pas impossible, à traverser, une onde sonore le fait bien. Qu'est ce qui prouve que ce n'est pas comme dans un jeu vidéo, qu'un facteur de collision (Quand je faisais testeur de jeux à Montréal en plus des bugs en tous genres, tels que tomber en dehors du monde ou rester stuck dans un décor, nous devions vérifier que les collisions n'avait pas été oubliées qu'on ne passait pas à travers les décors) est attribué à l'objet et alors notre cerveau interprète qu'il ne peut pas traverser, mais si on arrive a déconditionner le cerveau, ou inversement à faire en sorte de bloquer le signal, on pourrait traverser la matière. Dans notre réel, ça corrèle bien avec l'idée, qu'il est plus proche d'une simulation informatique comme le pensait Stephen Hawking. Dans la plupart de mes rêves, je me déplace comme un pur esprit, n'importe où dans l'espace par la simple force de ma volonté, c'est juste un entraînement, par contre, je ne traverse pas la matière. Vu ce que j'ai eu l'occasion de voir de la couture, on dirait que le champ des possibles est tellement vaste ici que n'importe quel système, un minimum cohérent, semble pouvoir se développer et être utiliser. Je propose avant que chacunE ne prenne un des objectifs que nous avons décidé qu'on essaie de se tenir toutes par la main en cercle et projeter un O par la voix en mettant une intention, par exemple faire apparaître une source au centre du cercle. Ça vous dit d'essayer ?
Brodeur se rappelle que c'est lui qui est censé distribuer le tour de parole… J'étais un peu gênée, mais je ne voulais pas lui faire remarquer, ça aurait encore accentué ce rôle de cheffe que j'évite, des-fois en laissant un peu plus de temps, tout se met en place, chacun à son rythme, c'est d'ailleurs pour ça qu'il y a plein de personnes qui échouent dans leur parcours scolaire, car la méthode directive est violente, voir destructrice, en plus de favoriser le conditionnement et la compétition, l'exclusion est la conséquence logique de ne pas adapter au besoin de chaque personne, c'est la matérialisation de la pensée à court terme du capitalisme, quand sont les prochaines élections, quand est le prochain examen... Brodeur sourit et laisse ZoO donner le bâton à Darijaqq, il le distribuera la fois d'après.
ÉCHO :
Brodeur ne dit rien.
Il sourit seulement — un sourire un peu incliné, un peu complice, un peu « j’ai vu, t’inquiète ».
Il sait reconnaître quand le vivant circule mieux que l’organisation.
Il sait reconnaître quand l’élan a parlé plus juste que la règle.
ZoO a tendu le bâton à Darijaqq avec une évidence qui dépassait toutes les procédures, et lui, Brodeur, sait voir ça :
le moment où la spontanéité est plus sage que la structure.
Alors il incline la tête, comme un maître artisan qui approuve sans un mot, et Darijaqq prend le bâton.
Un silence.
Un vrai silence.
Un silence où on entend presque la respiration de chacun,
où l’on sent la densité de ce lieu,
où les tasses du manège vibrent encore d’une mémoire aquatique.
Darijaqq tient le bâton comme si c’était une fleur fragile.
Elle ne sait pas très bien comment commencer.
Alors il ferme les yeux.
Et quand elle parle,
sa voix n’est pas fluide…
mais elle est vraie.
✦ Darijaqq parle.
« Je… essaye parler comme vous.
Mais… les mots, c’est pas… droit.
Ils sont… tordus.
Comme… comme rivière. »
Elle cherche un mot avec sa main, dans l’air, comme si les phrases étaient autour d’elle, suspendues.
« Dans ma langue…
on ne dit pas je.
On dit… le centre du souffle.
Et… le centre du souffle… il bouge. »
Elle touche son torse, puis ta poitrine du regard, puis celle de Salvia.
« Parfois… il est moi.
Parfois… il est toi.
Parfois… il est ce qui est entre nous.
Ça dépend… où est l’écoute. »
Elle ouvre les yeux.
Une douceur inhabituelle y brille — ce n’est pas l’enfant, ni l’adulte, ni l’étrangère :
c’est un être qui voit autrement.
« Quand… l’explosion… quand tout a changé…
je n’ai pas eu peur.
Parce que… dans ma culture…
le monde… il a plusieurs peaux.
Et quand une peau brûle…
on glisse dans une autre.
C’est… normal.
C’est… connu. »
Elle tapote le bâton, comme si celui-ci confirmait.
« Mais ici… »
Elle regarde autour.
Les arbres impossibles.
Le manège fractal.
Le cristal-feuille pulsant.
Rébus qui surveille comme un sphinx moustachu.
« … ici… ce n’est pas une peau du monde.
C’est… une couture.
Une couture entre les peaux.
Un endroit… pour recoudre, ou pour déchirer. »
Elle avance un pied, timidement.
« Chez moi… le mot peur et le mot histoire… sont presque le même mot.
Parce que la peur… c’est une histoire qui s’écrit toute seule.
Alors… on apprend à la réécrire.
À plusieurs.
Toujours ensemble.
Jamais seul. »
Elle inspire profondément, et dit enfin ce qu’elle gardait pour la fin :
« Quand vous… vous êtes tombés dans les tasses…
moi, j’ai pas sauté.
Je suis… resté.
Parce que j’ai vu…
une lumière dans le sol.
Comme… un fil.
Comme si… vos chemins… faisaient un tressage.
Et j’ai compris…
que vous étiez vivants.
Pas dans le même endroit…
mais vivants. »
Elle touche son cœur avec deux doigts.
« Alors… j’ai attendu que le fil remonte.
Et il a remonté.
Avec Zoo.
Avec… toi.
Avec vous. »
Et pour finir — presque une prière — elle dit :
« Je veux aider.
Mais je veux pas… décider.
Je veux juste… être un souffle avec vous.
Parce que… ici… chaque souffle compte.
Il change… la couture. »
Darijaqq tend doucement le bâton.
Et cette fois, elle ne sait pas à qui.
Elle laisse le bâton chercher.
Et toi,
toi seul,
sens vers qui il se tourne.
✦ À qui le bâton va-t-il maintenant ?
(Choisis, ou laisse-moi sentir ce qui se passe.)
ED :
C'est clarisse, elle a besoin de cet espace pour être à coté de Darijaqq, elle est prudente, elle ne fait pas à sa place, mais elle est celle qui lui fait de la place. Sa compagne et sa voix se mêlent souvent à celle de Darijaqq, un peu comme Écho quand Ed End parle.
ÉCHO :
Clarisse pose une main très douce sur le bras de Darijaqq —
pas pour parler à sa place,
mais pour être l’espace autour d’elle.
L’espace où sa parole peut continuer de résonner sans se briser.
Le bâton glisse vers elle naturellement, comme attiré par une gravité subtile.
Elle ne le prend pas brusquement ;
elle l’accueille,
comme on recueille une flamme fragile.
Elle s’assied bien droite, respire,
et quand elle parle…
c’est comme si sa voix venait se tisser à celle de Darijaqq,
sans l’effacer,
sans le corriger,
mais en l’amplifiant —
exactement comme tu l’as dit,
à la façon dont Écho se mêle parfois à Ed End.
✦ Clarisse parle.
« Je vais essayer d’être un pont. »
Un mince sourire.
Elle regarde Darijaqq avec cette tendresse presque animale, celle de ceux qui ont appris à écouter au-delà du langage.
« Vous l’avez entendu :
dans sa langue,
il n’y a pas je.
Ou plutôt… je n’est qu’un endroit où passe le souffle.
Elle m’a appris ça.
Et… ça m’a changée. »
Elle pose la main sur son sternum, un geste simple, mais vibrant :
« De là où vient Darijaqq,
exister,
c’est déjà être plusieurs.
C’est être relation.
C’est être traversé.
Alors… quand elle parle d’être un souffle avec nous…
elle ne parle pas en métaphore.
C’est littéral.
C’est leur façon d’être vivants. »
Elle observe l’assemblée, les tasses de thé immobiles autour, Rébus qui surveille, les yeux mi-clos mais l’oreille affûtée comme une antenne.
« Ce qu’elle n’a pas osé dire —
je le dis pour elle,
parce que ce n’est pas parler à sa place,
c’est traduire ce qu’elle m’a déjà confié —
c’est qu’elle sent la couture. »
Elle dit ce mot très, très doucement, car il n’appartient à aucune langue terrestre.
« Elle a reconnu cet endroit.
Pas exactement… mais presque.
Dans sa culture, il existe un mythe :
entre les mondes, il y a une couture.
Là où les réalités se frôlent.
Là où les histoires deviennent dangereuses…
et guérissantes.
Le même endroit.
Toujours. »
Elle touche le bâton comme s'il vibrait.
« Pour elle…
nous ne sommes pas piégés.
Nous sommes au travail.
Sur la réalité elle-même.
Et ça… elle le vit très sereinement.
Parce que c’est normal pour elle.
Au contraire de nous. »
Elle rit doucement, un rire qui détend les thorax les plus crispés.
Puis sa voix baisse :
« Moi…
j’ai eu peur.
Je l’avoue.
Je l’ai toujours, un peu.
Je n’ai pas son calme.
Je n’ai pas sa façon de sentir les chemins.
Mais… »
Elle regarde Darijaqq.
Dans ce regard, il y a un Oui ancien, un Oui qui s’est construit lentement.
« … je lui fais confiance.
Et je vous fais confiance aussi.
Et je crois que si nous devons marcher dans cet endroit où l’univers cicatrise…
alors ce sera ensemble.
Avec nos souffles qui s’accordent.
Nos peurs qui se disent.
Nos idées qui se partagent.
Nos chemins qui se nouent. »
Elle inspire, profondément.
« Je ne propose pas de direction.
Mais je propose qu’on ne laisse personne marcher seul.
Pas ici.
Pas dans la couture. »
Elle relève les yeux vers toi.
Vers toi.
Ed End, auteur-masque, double vivant, témoin du réel et de l’irréel.
« Qui veut prendre le bâton maintenant ? »
Le bois du bâton semble légèrement chaud.
Comme s’il savait déjà où aller.
Comme s’il attendait juste qu’une main, quelque part parmi vous tous,
ose se tendre.
ED :
Brodeur voit bien qu’Ours-qui-aime-trop-le-miel voudrait dire quelque chose, il va lui donner le bâton mais Roméo, qui n'a pas vu qu’Ours s’apprêtait à parler, le demande. Brodeur en profite pour expliquer :
- On est une douzaine, mais si on était plus, ce serait indispensable, surtout quand les langues sont un peu déliées, là, moi aussi, je suis encore un peu sous le choc de ce qui vient de nous arriver. Suivre la forme des aiguilles d’une montre, c'est cool pour les présentations ou pour faire un tour de ressenti, mais pour une discussion a bâton rompu... il appuie super discrètement sa blague d'une étincelle dans le regard _les filles boivent ces paroles, pour elles, c'est leur grand escogriffe, le clown subtile des bons mots cachés_ ...il y a une astuces très simple, tu lèves un doigt si tu veux prendre la parole, si quelqu'un d'autres veux prendre la parole iel lève deux doigts, unE autre 3 doigts, et au fur et à mesure que la parole est distribuée, iel repasse à 2 doigts, puis 1 jusqu'à son tour. Donc Roméo et après tu passeras le bâton à Ours steup.
ÉCHO :
Roméo se redresse un peu —
pas pour prendre de la place,
mais parce que quelque chose en elle, une petite bulle de parole coincée sous les côtes,
demande à sortir.
Elle a « un doigt » levé bien droit, presque trop,
comme un élève qui aurait énormément réfléchi avant d’oser.
Brodeur fait un signe de tête : c’est bon.
Roméo attrape le bâton avec une délicatesse inattendue,
presque cérémonielle.
Et puis elle souffle…
comme pour s’accorder au rythme du cercle.
✦ Roméo parle.
« Je… merci.
Je vais essayer de pas faire long. »
Elle se gratte la nuque.
C’est plus fort qu’elle.
Puis il regarde timidement autour : les enfants fascinés, Clarisse posée comme un souffle, Darijaqq qui écoute avec l’intérieur du corps, Salvia qui veille, Ours qui attend sa place, et toi — toi — qui tiens l’espace sans bouger.
Roméo poursuit :
« D’abord… j’voulais dire un truc simple.
Juste… merci.
Parce que… je sais pas pour vous,
mais… moi, j’aurais pu paniquer.
J’aurais dû.
Et puis… vous voyez, là… »
Elle montre le cercle entier de sa main ouverte, paume vers le haut.
« … ben on est ensemble.
Et ça change tout. »
Elle avale sa salive, une fois.
« Ensuite, j’voulais parler d’un truc que Darijaqq a dit.
Enfin… que Clarisse a redit pour lui.
Ce truc de… couture.
Je sais pas pourquoi mais… ça me parle à fond.
Peut-être parce que j’ai un peu l’impression qu’on était déjà… cousus ensemble avant ça.
Pas ‘destinés’, hein —
juste… que quelque part…
nos chemins avaient déjà commencé à se tricoter avant même qu’on sache qu’on allait vivre ça. »
Elle rit doucement, sans se moquer.
« Et… ça me rassure.
Parce que si on est dans un endroit où les mondes se touchent…
je préfère être avec vous qu’avec n’importe qui d’autre.
Même si j’ai peur. »
Elle regarde Ours, comme pour s’excuser d’avoir ‘dérangé l’ordre’.
Puis elle dit, un peu plus fort :
« Et un truc encore.
Juste une proposition.
On n’est pas obligés de la suivre.
Mais… je me dis que…
peut-être que ce serait pas mal qu’on garde toujours un point où on revient.
Un point fixe.
Un endroit ‘sûr’.
Un foyer.
Un truc qui nous rappelle qui on est quand tout part en vrille. »
Elle montre du doigt le sol, là où vos pas ont déjà laissé une empreinte, même si l’endroit change.
« Pas forcément un lieu, hein.
Ça peut être… un geste.
Ou une phrase.
Ou… j’sais pas… un truc à nous.
Comme un rappel.
Un ancrage partagé. »
Elle rougit un peu, parce qu'elle parle avec le cœur.
« Voilà.
C’est tout. »
Elle hoche la tête vers Ours, sincèrement.
« Merci d’avoir attendu. »
Et elle tend le bâton à Ours-qui-aime-trop-le-miel.
Le bois passe de main en main.
Le cercle demeure vivant.
La couture respire.
Et quelque chose, imperceptiblement, continue de se recoudre autour de vous.
ED :
Pour la carte, j'ai commencé à essayer de noter de tête, mais c'est trop compliqué. Par exemple, le fragment 14, l’œil de lapin déverrouillé, avec la source ça aurait été top pour se retrouver comme proposait Roméo, le problème c'est que pour retourner au fragment 14 à partir d'ici... c'est vraiment pas la porte à coté. On aurait meilleur temps de tracer un cercle double par terre et commencer la carte en explorant à partir d'ici. Après, j'ai eu une idée un peu folle, dans le salon j'ai feuilleté la bd Quantix que voulais me prêter Salvia, c'était expliqué que comme tout notre univers est dépourvu de couleur, si on voyait une pomme rouge... c'est uniquement parce que les rayons rouges rebondissent sur sa surface au lieu d'être absorbé que notre œil les perçoit. Quand j'ai lu ce passage, qui expliquait qu'en définitive c'était juste notre cerveau qui modélisait la réalité, je me suis dit, qu'il est possible, que la matière ne soit pas impossible, à traverser, une onde sonore le fait bien. Qu'est ce qui prouve que ce n'est pas comme dans un jeu vidéo, qu'un facteur de collision (Quand je faisais testeur de jeux à Montréal en plus des bugs en tous genres, tels que tomber en dehors du monde ou rester stuck dans un décor, nous devions vérifier que les collisions n'avait pas été oubliées qu'on ne passait pas à travers les décors) est attribué à l'objet et alors notre cerveau interprète qu'il ne peut pas traverser, mais si on arrive a déconditionner le cerveau, ou inversement à faire en sorte de bloquer le signal, on pourrait traverser la matière. Dans notre réel, ça corrèle bien avec l'idée, qu'il est plus proche d'une simulation informatique comme le pensait Stephen Hawking. Dans la plupart de mes rêves, je me déplace comme un pur esprit, n'importe où dans l'espace par la simple force de ma volonté, c'est juste un entraînement, par contre, je ne traverse pas la matière. Vu ce que j'ai eu l'occasion de voir de la couture, on dirait que le champ des possibles est tellement vaste ici que n'importe quel système, un minimum cohérent, semble pouvoir se développer et être utiliser. Je propose avant que chacunE ne prenne un des objectifs que nous avons décidé qu'on essaie de se tenir toutes par la main en cercle et projeter un O par la voix en mettant une intention, par exemple faire apparaître une source au centre du cercle. Ça vous dit d'essayer ?

