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teleportation

XIV. "Je suis ruisselant."


Cela fuit de partout,

comme si les mots,

quittaient le navire.

Je n'arrive plus à les retenir,

je me vide de toutes ces paroles,

pas encore dites,

pas encore tracées,

pas encore formulées.


Vous n'aurez qu'une dépouille vide,

une peau de mue,

qui s'enfoncera lentement dans l'onde.


La naissance est comme la mort,

la machine folle qui s'emballe,

et l'explosion finale,

quand la corde se tend à tout rompre,

le cri primordial qui jaillit,

résonne d'ici et d'ailleurs.


Je me demande si mon visage n'est pas plus émacié ?


A cause de toute l'eau, qui à pu fuir par ma bouche,

qui a coulée de mes yeux et de mon nez.


A me vider pendant des heures de tout ce malheur.


Tétanisé de souffrance.


Ensuite, j'étais tranquille,


je ne voyais plus que du bonheur.


Anesthésié par le choc.


Mon cerveau restait calme...


Jusqu'au prochain spasme.


Chaque jour, un peu plus loin,

dans ce miroir je regardais

ma peau se tendre,

prête à craquer,

les os de plus en plus saillant,

la fièvre dans mes yeux cernés

qui auraient voulu s'évader.

J'écoutais la voix du tréfonds

qui répétais comme un mantra inarticulé.


Puis j'ai cessé de dormir

et le jour et la nuit se sont mélangés.


Il était écrit que l'on se retrouverait à la fin,

un peu avant ou un peu après la fin.


Pour aller où ?


On ira contre les vents,

on ira contre les courants,

on sera notre mouvement...


Nous sommes des survivants.


Depuis tellement de temps

sur le bord de l’abîme

face à face

attendant

jusqu'à la fin

où fasciné par ton regard

j'avance dans le vide

et toi aussi

les éternels amants traversant l'impossible

portés par un rêve, invisible, mais plus tangible que tout.


Qu'est ce qu'on fera ensuite après s’être touchés ?


La vibration de l'impact se propagera et fera trembler la terre.


Nous portons en nous les promesses de celles et ceux qui n'ont pas survécus,

sous les coups des conformistes,

face à l'exclusion de la norme,

étouffer par ce lourd cadavre,

qu'on appelle société.


Pas besoin de motif pour mettre un terme à un crime contre l'humanité.